Les plus vieux arbres de Genève sont pour la plupart arrivés comme des souvenirs. Diplomates, banquiers et voyageurs ont garni les propriétés lacustres du XIXe siècle de cèdres du Liban, de séquoias de Californie et de platanes déjà grands avant les jardins qui les entourent, des importations qui ont survécu aux maisonnées qui les avaient plantées et se dressent dans des parcs dont la ville a hérité avec eux. Une tradition est plus vieille encore : depuis 208 ans sans interruption, un marronnier est guetté pour la première feuille du printemps, la plus ancienne série d'observations naturalistes de Suisse.
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Le Marronnier officiel
Marronnier d'Inde (Aesculus hippocastanum) · environ 11 ans (la tradition remonte à 1818) · Vieille-Ville
Genève tient depuis 1818 le relevé écrit ininterrompu de la première feuille de printemps d'un marronnier, l'une des plus anciennes séries phénologiques continues au monde, la troisième selon le canton lui-même. Chaque année, le sautier, secrétaire du parlement cantonal genevois, monte à la promenade de la Treille jusqu'à un arbre désigné, y cherche la première feuille ouverte de la saison et communique la date à la presse. La tradition civique est traitée avec le sérieux d'un vote de budget.
L'arbre qui tient le rôle aujourd'hui est le quatrième. Le premier est mort jeune. Le deuxième a duré de 1905 à 1929. Le troisième a servi 86 ans avant qu'un champignon des racines, l'armillaire, ne le vide de l'intérieur, sa dernière observation enregistrée datant du 13 mars 2015. Son remplaçant a été choisi en septembre de la même année pour une qualité avant toutes les autres : il se dresse juste en face de la tour Baudet, qui abrite le gouvernement cantonal, ce qui garde la marche du sautier courte.
C'est de loin le plus jeune arbre de cette liste, mais le registre qu'il porte désormais est ce qu'il a de plus ancien, deux siècles de Genevois à surveiller le même petit square pour le premier signe que le printemps est vraiment arrivé.
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Les Cèdres du parc Beaulieu
Cèdre du Liban (Cedrus libani) · environ 290 ans · Grottes-Saint-Gervais
Un naturaliste français a sorti clandestinement des graines de cèdre d'un jardin anglais, les a semées au Jardin des Plantes à Paris, et quelques-uns des jeunes plants obtenus ont été offerts en 1735 à un baron genevois. Le convoi de graines de Bernard de Jussieu est le même qui a donné le célèbre cèdre de Jussieu, toujours debout à Paris : cas rare de deux villes dont les plus vieux cèdres tiennent au même coursier du XVIIIe siècle.
Le baron Jean-François de Sellon a planté sa part dans sa propriété du bord du lac, aujourd'hui le parc Beaulieu, et deux des arbres qui en sont issus s'y dressent encore, assez proches l'un de l'autre pour ne faire qu'une seule destination. Le registre genevois des arbres les dit les plus vieux cèdres du Liban de Suisse, et peut-être d'Europe, une affirmation que cette page reprend comme celle de la ville et non comme un fait vérifié de façon indépendante.
La foudre a depuis emporté plusieurs mètres au plus haut des deux, qui culmine à 27 mètres au lieu des plus de 30 qu'il atteignait, et son tronc a dépassé 6 mètres de circonférence, pour un houppier de 34 mètres d'envergure. Des chiffres qui font passer la perte d'une cime pour un détail. Napoléon aurait visité le domaine en 1800, quand les cèdres valaient déjà le détour.
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Le Cèdre de La Grange
Cèdre du Liban (Cedrus libani) · 200 à 225 ans · Eaux-Vives
Ce cèdre descend en droite ligne des cèdres de Beaulieu, à l'autre bout de la ville : il a poussé à partir de leurs graines, le jour où la famille Lullin a jugé que sa propre propriété du bord du lac méritait l'arbre à la mode que tout le monde plantait. Le cèdre du Liban est devenu, dès 1800 environ, l'acquisition obligée des parcs paysagers à l'anglaise de Genève, et le domaine de La Grange, plus tard le plus grand parc de la ville, a reçu le sien quelque part dans cette fenêtre, sans qu'aucune source ne fixe l'année exacte.
Deux siècles plus tard, l'arbre a dépassé la génération de ses parents : 7,62 mètres de circonférence de tronc et un peu plus de 25 mètres de haut selon une mesure de 2019, un tour de taille qu'il faudrait quatre ou cinq adultes bras tendus pour encercler.
Le parc La Grange a une note littéraire qui vaut d'être connue : Franz Liszt et Marie d'Agoult ont séjourné au domaine dans les années 1830, et leur fille Cosima, future épouse de Richard Wagner, est née tout près pendant ce même séjour. Le cèdre était alors déjà un jeune arbre solide, engagé depuis des décennies dans sa croissance vers le géant qu'il est devenu. Il se tient près de la maison de maître, arrêt facile sur une promenade entre la roseraie et les quais.
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Les Platanes du Jardin botanique
Platane commun (Platanus x acerifolia) · au moins 298 ans · Nations
Cinq platanes du jardin botanique de Genève étaient déjà assez grands pour figurer sur un plan cadastral cantonal en 1728, près de deux siècles avant que le jardin ne s'installe sur le terrain où ils poussent. Le Conservatoire et Jardin botaniques a quitté le parc des Bastions en 1905 pour venir ici, sur l'ancien domaine de l'Ariana que l'héritier Gustave Revilliod avait légué à la ville, et a hérité de ces cinq arbres une allée toute faite plutôt que d'en planter une.
Les jardiniers de la ville les ont depuis délibérément laissés tranquilles. Contrairement aux platanes de rue genevois, taillés sévèrement chaque hiver en têtes de chat serrées, les cinq du jardin botanique ont pu étendre leurs branches à leur guise : la différence entre un arbre maintenu petit pour un trottoir et un arbre autorisé à devenir ce à quoi ressemble vraiment un platane de trois cents ans.
Les botanistes les ont reclassés plus d'une fois. Ils portent actuellement le nom de Platanus x hispanica, après avoir été étiquetés Platanus x acerifolia, la taxinomie bougeant quand les arbres, eux, n'ont pas changé depuis des décennies. L'allée centrale qu'ils forment reste la colonne vertébrale du jardin, une promenade ombragée près de l'entrée du chemin de l'Impératrice, dans le quartier des Nations, à un court trajet de tram du centre-ville.
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Le Bosquet de séquoias du parc Barton
Séquoia géant (Sequoiadendron giganteum) · 150 à 170 ans · Pâquis
Une trentaine de séquoias géants poussent dans un seul parc genevois parce que la famille d'un diplomate britannique s'est entichée d'une mode californienne, et parce que sa fille a plus tard fait en sorte que personne ne puisse jamais les abattre. Robert Peel, fils du premier ministre britannique et lui-même représentant de la Grande-Bretagne en Suisse, achète le domaine Barton en 1858, au moment précis où les jeunes séquoias venus de l'Ouest américain deviennent la plantation trophée des propriétaires européens fortunés dotés d'un parc à l'anglaise à remplir.
Il plante un bosquet plutôt qu'un sujet isolé, et l'ensemble est devenu ce que la ville appelle aujourd'hui une cathédrale végétale, assez dense pour changer la lumière en dessous.
Sa fille, Alexandra Barton Peel, hérite du domaine et s'attache à ses arbres autant que son père. Quand elle lègue la propriété à la Confédération suisse en 1935, elle y met une condition : qu'elle ne soit jamais divisée et que les arbres qui y poussent ne soient jamais abattus. Le domaine avait frôlé un tout autre destin. Après 1919, les planificateurs de la Société des Nations ont envisagé Barton pour leur nouveau siège, et seul le refus de vendre d'Alexandra Barton Peel a gardé intact le bosquet, aujourd'hui un parc public à quelques minutes du bord du lac.
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Le Platane de la place du Cirque
Platane commun (Platanus x acerifolia) · environ 120 ans · Plainpalais
Le plus grand platane du centre de Genève pousse au milieu d'un de ses carrefours les plus circulants, et la raison de sa taille est enfouie sous le bitume. La place du Cirque occupe l'ancien lit de l'Arve, détourné des décennies avant que l'arbre ne soit planté vers 1900, et la nappe laissée derrière court encore assez près de la surface pour que les racines y puisent librement.
Résultat, après environ un siècle et quart : 35 mètres de haut, un tronc de 4,25 mètres de circonférence, un mètre et demi de diamètre. Des dimensions qui seraient remarquables en forêt et qui déconcertent au milieu d'un giratoire. Des milliers de piétons passent chaque jour sous son houppier sans forcément se rendre compte qu'ils marchent sous l'un des plus gros arbres du canton, et sous le plus grand qui se dresse dans le centre même de la ville.
La place tient son nom des cirques ambulants qui plantaient autrefois leurs chapiteaux sur cette portion de la plaine de Plainpalais. L'arbre est arrivé après l'essentiel de cette histoire, mais il a depuis survécu à tous les cirques qui sont passés par là.
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Le Chêne vénérable du Jardin botanique
Chêne pédonculé (Quercus robur) · environ 300 ans · Sécheron
La ville a tracé une zone de calme autour de ce chêne pour tenir les pieds des visiteurs loin de ses racines. Ce périmètre de tranquillité existe parce que le tassement du sol tue les vieux arbres des jardins fréquentés bien avant l'âge. L'inventaire cantonal genevois juge la vitalité de celui-ci mauvaise et son stade sénescent, ce qui est moins un faire-part qu'une explication du périmètre.
Il vaut la peine qu'on se donne. Le parcours muséal de la Ville de Genève nomme précisément cet arbre et cite un numéro d'inventaire qui correspond à celui du registre, chiffre pour chiffre, ce qui est à peu près ce qu'un arbre peut espérer de mieux comme identification. Ce parcours le date de 1719. Cela lui fait environ trois siècles, doyen des collections vivantes du jardin botanique, et 710 centimètres de circonférence de tronc.
Le même récit dit qu'il s'est tenu jadis au bord d'une voie romaine qui traversait ce terrain bien avant toute botanique. Le Conservatoire et Jardin botaniques n'est arrivé ici qu'en 1905 : le chêne poussait donc depuis 186 ans quand le jardin s'est installé autour de lui, et il reste ce qu'il y a de plus vieux à l'intérieur de la clôture.
La date de 1719 vient de cet article de parcours, pas d'un comptage de cernes ni d'une pièce d'archives : à prendre comme une bonne estimation plutôt que comme un acte de naissance. L'entrée la plus proche est celle de l'avenue de la Paix.
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Le Cèdre Naville
Cèdre du Liban (Cedrus libani) · environ 206 ans · Eaux-Vives
Un maire a planté ce cèdre à l'été 1820 parce que son fils venait de naître. Jean-Édouard Naville était maire des Eaux-Vives, alors encore une commune à part entière et non un quartier de Genève, et il a mis l'arbre en terre dans sa propriété de Montchoisy pour marquer l'arrivée d'Émile. Deux siècles plus tard, le garçon a disparu depuis longtemps et l'arbre fait 722 centimètres de circonférence.
Où il a fini est l'autre moitié de l'histoire. La route de Frontenex passe désormais devant lui, l'adresse tient en un numéro d'en face, le 53, et le sol autour est fait de chaussée et de bâti plutôt que de gazon. La Tribune de Genève, en passant en revue les arbres qui racontent l'histoire de la ville, l'a trouvé en bonne forme au milieu de tout ce béton, et le registre cantonal confirme : vitalité bonne, stade de développement sénescent, un vieil arbre qui fait encore son travail plutôt qu'un arbre en train de lâcher.
La date de 1820 est d'une solidité inhabituelle pour un arbre de cet âge, et pour une raison peu glorieuse : les registres d'ici enregistrent souvent une plantation au premier janvier, ce qui relève de l'habitude de classement et non du relevé, alors que celle-ci s'appuie sur un homme nommé, un fils nommé et une saison précisée. C'est un cadeau d'anniversaire qui a survécu à tous les invités, planté au bord d'une route passante qui sort de la ville.
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Le Cyprès chauve du parc des Eaux-Vives
Cyprès chauve (Taxodium distichum) · environ 100 à 150 ans · Eaux-Vives
Le guide de promenade genevois au bord du lac range cet arbre parmi les arbres insolites, et il mérite l'étiquette chaque mois de novembre en faisant ce qu'aucun conifère n'est censé faire. Le cyprès chauve perd ses aiguilles. Elles virent d'abord au rouille et au cuivre, l'arbre entier prend la couleur d'un hêtre, puis les branches restent nues tout l'hiver pendant que les cèdres autour de lui demeurent verts.
Taxodium distichum vient des forêts marécageuses du sud-est des États-Unis, où il pousse les pieds dans l'eau stagnante et sort des genoux ligneux de la vase autour du tronc. Celui-ci a un sol plus sec et le lac à quelques mètres, un tronc de 330 centimètres de circonférence et une vitalité jugée excellente, la meilleure note que délivre le registre.
Personne ne l'a daté. Le registre porte une année de plantation, 1912, mais cette date tombe un premier janvier comme 21 autres entrées du même fichier, ce qui en fait un réglage administratif plutôt qu'un relevé. Jugé à la seule circonférence, l'arbre a entre un siècle et un siècle et demi, et cette fourchette est aussi serrée que les preuves le permettent honnêtement.
Il se dresse sur l'itinéraire balisé par la ville entre le parc La Grange et le parc des Eaux-Vives, qui enfile celui-ci et vingt autres arbres nommés sur une seule promenade au bord de l'eau.
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Le Grand Cèdre du Port-Noir
Cèdre du Liban (Cedrus libani) · environ 200 ans · Eaux-Vives
L'âge de ce cèdre a été calculé en mesurant un autre cèdre. Personne n'a noté sa date de plantation, celle de 1850 que porte le registre cantonal tombe un premier janvier et relève donc de la convention de classement plutôt que du relevé, et aucun article ni aucune archive trouvés à ce jour ne nomment l'arbre. L'estimation emprunte donc au cèdre Naville de la route de Frontenex, à environ un kilomètre : même espèce, même lac, même climat, et une plantation documentée en 1820. Cet arbre-là a pris 722 centimètres de circonférence en 206 ans, soit à peu près trois centimètres et demi par an. Appliquez ce rythme ici, à 743 centimètres, et vous obtenez environ deux siècles, ce qui explique la fourchette de 180 à 230 ans sur cette page plutôt qu'une date.
L'arbre lui-même n'a besoin d'aucune arithmétique pour valoir la marche. Quarante mètres de haut, plus de sept mètres de circonférence, en bonne santé, planté à l'extrémité Port-Noir du parc des Eaux-Vives, là où le parc s'achève vers l'eau. Un second cèdre, un peu plus petit, se tient à une cinquantaine de mètres à travers les arbres, assez près pour se voir d'ici et assez loin pour faire un autre arrêt.
Une entrée de registre, une ligne de mesures et un rythme de croissance emprunté au voisin. Un lecteur muni d'un mètre ruban, ou une fiche d'archive datée, ferait mieux que tout cela.
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Le Tulipier du parc de l'Impératrice
Tulipier de Virginie (Liriodendron tulipifera) · environ 100 à 150 ans · Chambésy
Le château qui domine cette pelouse est la mission d'Italie auprès des Nations unies. La pelouse, non : Genève a acheté le domaine en 1983 et en a gardé les jardins publics, si bien que la terrasse, la longue perspective qui descend et le tulipier planté en tête appartiennent à quiconque monte jusque-là.
La description du parc par la ville met le tulipier de Virginie et un séquoia géant ensemble en haut de cette pente, et c'est le tulipier qui vaut la montée. Cinq mètres et six centimètres de circonférence de tronc, un mètre et demi de diamètre, poussé en terrain dégagé sans rien pour le serrer, ce qui lui a donné la silhouette qu'un Liriodendron est censé avoir et qu'il obtient rarement en ville. L'espèce vient d'Amérique du Nord et tient son nom des fleurs vert orangé qu'elle ouvre en juin, haut dans le houppier, faciles à ne pas voir quand on passe dessous. Les feuilles la trahissent à la place, coupées net au bout comme aux ciseaux.
Son âge est une estimation par la circonférence, pas une date. L'année de plantation de cette entrée fait partie des valeurs par défaut du fichier : la lecture honnête est donc entre un siècle et un siècle et demi, sur une espèce qui pousse vite quand on lui laisse de la place. La page de la ville qualifie elle aussi les arbres du parc de centenaires, et s'en tient là.
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Le Platane de Sécheron
Platane commun (Platanus x acerifolia) · environ 150 à 200 ans · Sécheron
Trente-huit mètres de platane se dressent dans un espace vert donnant sur l'avenue de France, et la question difficile est de savoir lequel. L'avenue en borde plusieurs à Sécheron, Mon Repos et la Perle du Lac parmi eux, et rien de ce qui a été trouvé jusqu'ici ne nomme le terrain où ce tronc se tient réellement. Les coordonnées sont exactes. Seul le nom du parc manque.
L'arbre, lui, ne fait aucun doute. Le registre cantonal lui donne 636 centimètres de circonférence, 38 mètres de haut et un houppier de 33 mètres d'envergure, en bonne santé. Pour comparaison, le platane du milieu de la place du Cirque, le plus grand du centre-ville, mesure 425 centimètres. Celui-ci est d'une moitié plus épais et plus haut, et presque personne n'écrit à son sujet.
Personne ne le date non plus. Le champ de plantation du registre est simplement vide, si bien que l'âge indiqué ici vient d'une comparaison de circonférences avec ce platane de la place du Cirque, âgé d'environ 120 ans, même espèce sur le même sol. Cela place celui-ci entre 150 et 200 ans, une fourchette assez large pour être honnête et assez étroite pour servir.
Il est à quelques minutes de la gare Cornavin et de l'arrêt de Sécheron, ce qui en fait le plus facile d'accès des géants genevois, sans rien prévoir du tout.
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Le Cormier de Chambésy
Cormier (Sorbus domestica) · environ 60 ans · Chambésy
Sorbus domestica est assez rare en Suisse pour qu'un sujet en bonne santé au bord d'une route compte comme une trouvaille. Le cormier est le membre négligé d'une famille familière, un parent du sorbier qui devient un véritable arbre de charpente et porte de petits fruits bruns en forme de pommes ou de poires miniatures. Ces fruits sont la raison pour laquelle on l'a planté. Durs et âpres cueillis sur la branche, on les laissait blettir jusqu'à ce qu'ils deviennent mous et bruns avant de les manger, et ils entraient dans le cidre et le poiré du sud de l'Europe pour en relever l'acidité.
Celui-ci a été mis en terre en avril 1966 sur la route de Pregny, ce qui lui fait une soixantaine d'années, jeune pour un arbre de cette liste. La date mérite d'être crue pour une raison peu reluisante : le registre lui note un vrai mois, là où ses entrées incertaines tombent toutes au premier janvier. Il mesure 247 centimètres de circonférence, se porte bien, et il est ici pour ce qu'il est plutôt que pour sa taille.
Le registre est aussi la seule source qui le mentionne, ce qui est mince pour une espèce aussi facile à confondre avec un sorbier des oiseleurs ou un alisier torminal. Si vous connaissez cet arbre, ou savez qui l'a planté, dites-le-nous. Il est à cinq minutes à pied du tulipier du parc de l'Impératrice, ce qui fait des deux un seul arrêt.
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Le Pin parasol du parc des Eaux-Vives
Pin parasol (Pinus pinea) · âge inconnu · Eaux-Vives
Un pin parasol méditerranéen n'a rien à faire d'évident au bord du Léman, et celui-ci prospère. Pinus pinea est l'arbre du bord des routes romaines et des côtes italiennes, un tronc nu qui monte vers un houppier plat en ombrelle, et la silhouette détonne parmi les cèdres et les platanes des parcs des Eaux-Vives. Il fait 19 mètres de haut, un houppier de 17 mètres d'envergure et un tronc de 280 centimètres de circonférence, et le registre cantonal juge sa vitalité excellente.
L'espèce est celle des pignons de pin, qui mettent trois ans à mûrir dans des cônes assez lourds pour qu'on surveille ce qui tombe en dessous. Savoir si cet arbre-là se donne la peine d'en produire aussi loin au nord est une bonne question, et le registre n'y répond pas.
Personne ne l'a daté. Le champ de plantation de cette entrée est vide, sans même la date de janvier par défaut qui remplit tant du fichier, et aucun chiffre de croissance pour le pin parasol sous ce climat n'a été trouvé qui permettrait une estimation honnête. L'âge reste donc en blanc plutôt que deviné. Si vous savez quand il a été planté, ou connaissez quelqu'un au service des espaces verts qui le sait, dites-le-nous et cela ira sur la page.
Il se tient à environ 65 mètres du cyprès chauve, ce qui fait des deux un seul crochet depuis le chemin du bord de l'eau.
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Le Platane du jardin de l'Université
Platane commun (Platanus x acerifolia) · au moins 150 ans environ · Bastions
Ce platane n'a pas poussé ici. Une plaque à son pied indique qu'il a été transplanté de la place des Alpes à la promenade des Bastions en 1878, et un arbre assez gros pour qu'on juge utile de le déplacer était déjà un arbre le jour du voyage. 1878 est donc un plancher pour son âge, pas un anniversaire. De combien il est plus vieux, personne ne l'a établi, et le registre cantonal ne porte aucune date de plantation.
Ce dans quoi il a été déplacé était la meilleure adresse de Genève pour un arbre de collection. Les Bastions ont servi de jardin botanique à la ville de 1817 à 1904 : un platane arrivant en 1878 était donc placé par des gens dont c'était le métier de placer des plantes. Les collections sont ensuite parties au bord du lac. L'arbre est resté, et il a dépassé tout ce que le jardin avait laissé derrière lui.
Il mesure aujourd'hui 5,38 mètres de circonférence et 31 mètres de haut, sous un houppier de 38 mètres d'envergure, plus large que l'arbre n'est haut, ce que fait un platane quand rien ne le serre pendant un siècle et demi. L'inventaire cantonal classe son stade de développement en sénescence. Il se dresse seul face à l'entrée côté jardin de l'Université, dans un cercle de barrières destinées à empêcher les étudiants d'y attacher leurs vélos, et l'arboriste de la ville dit de lui qu'il a un peu l'air du roi de la cour.
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Les Micocouliers de la place de l'Université
Micocoulier de Provence (Celtis australis) · environ un siècle · Bastions
Un champignon dévore ces trois arbres de l'intérieur, et c'est la ville elle-même qui l'a dit. En 2020, l'arboriste de Genève a déclaré à la Tribune de Genève que les micocouliers de Provence de la place de l'Université se creusent et risquent de tomber, ce qui est franc de la part d'une municipalité à propos d'arbres qu'elle a classés remarquables. L'inventaire cantonal a ensuite noté une bonne vitalité lors de sa dernière visite de terrain, en 2024. Les deux lectures peuvent être vraies d'un arbre qui se creuse, et c'est pourquoi ceux-ci sont surveillés plutôt qu'abattus.
Ils sont trois, côte à côte face à l'entrée d'Uni Bastions, assez proches pour ne faire qu'une destination et réunis ici en une seule : le point marque le groupe et non un tronc en particulier. À cet endroit, le registre mesure 3,3 mètres de circonférence et 18 mètres de haut. Ils ont été plantés au début du XXe siècle, et l'année exacte n'est pas récupérable dans le relevé.
Le micocoulier de Provence est une espèce du Sud qui vit à Genève à la limite froide de son aire, ce qui explique en partie qu'un groupe de cette taille retienne l'attention du canton. En Provence, son bois était le matériau standard des fourches, des manches de fouet et des cannes, choisi parce qu'il plie longtemps avant de rompre. Ces trois-là ont ombragé un siècle d'étudiants traversant la place, et sont maintenant mis à l'épreuve de l'intérieur.
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Le Platane d'Orient du domaine de Penthes
Platane d'Orient (Platanus orientalis) · environ 120 ans · Pregny-Chambesy
Genève a des platanes le long de la moitié de ses rues et presque aucun de l'arbre dont ils descendent. Le platane commun qui borde les villes européennes est un hybride, et voici le parent qui lui a donné son nom et l'essentiel de son allure : Platanus orientalis, que l'arboriste de la ville qualifie de sujet rare en terre genevoise. C'est aussi l'arbre que la Tribune de Genève a choisi pour ouvrir sa promenade parmi les arbres remarquables du canton, ce qui dit assez par où les professionnels commenceraient.
Il se dresse dans le jardin du château de Penthes au-dessus du lac, 5,59 mètres de circonférence et 20 mètres de haut, sous un houppier de 25 mètres d'envergure. L'inventaire cantonal juge sa vitalité excellente, ce qui n'est pas acquis à cette taille. Un arboriste lui donne environ 120 ans et pense que ce sont les propriétaires du château qui l'ont planté, mais c'est son estimation et non un relevé, il l'a donnée en 2020, et aucun document nommant la plantation n'a été retrouvé.
Le domaine fait neuf hectares, se parcourt librement et est entretenu par les jardiniers du jardin botanique de la ville. Le musée installé dans le château a fermé en 2022, sa fondation ayant fait faillite, et le jardin a simplement continué sans lui. Ailleurs sur la pelouse subsiste la souche d'un séquoia géant que la foudre a achevé en 1993, autre trophée importé du domaine. Le platane a eu plus de chance.
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Le Chêne vert du cimetière des Rois
Chêne vert (Quercus ilex) · environ 60 à 80 ans · Plainpalais
Ce chêne est presque deux fois plus large que haut. Douze mètres de hauteur, un houppier de vingt mètres d'envergure, un tronc de 2,64 mètres de circonférence, et il se tient à l'entrée principale du cimetière des Rois, l'enclos que Genève réserve à ceux dont elle veut se souvenir. Tous ceux qui entrent ou sortent passent dessous.
Le chêne vert est un persistant méditerranéen et n'a rien à faire d'évident aussi loin au nord, et pourtant le canton en classe deux parmi ses arbres remarquables, celui-ci et un autre au parc Geisendorf, que l'arboriste de la ville met sur un pied d'égalité. Persistant, il a la même allure en février qu'en juillet, ce qui, à la porte d'un cimetière, tient plus de la fonction que de l'habitude.
Derrière lui repose Jorge Luis Borges, qui a préféré Genève à Buenos Aires pour la fin et a reçu une pierre gravée en vieil anglais, et quelque part derrière lui repose Jean Calvin, qui demanda en 1564 à être enterré sans marque et fut obéi si complètement que la dalle portant ses initiales indique une hypothèse plutôt que l'endroit. Un cimetière plein de certitudes sur qui s'y trouve et de flou sur l'endroit exact.
La dernière visite de terrain enregistrée par le canton, en 2012, a donné l'arbre en bon état. Sa plantation n'est classée que comme milieu du XXe siècle, sans plus de précision. Ce qui en fait un jeune arbre en très vieille compagnie.
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Le Cèdre de l'Himalaya du parc Mon Repos
Cèdre de l'Himalaya (Cedrus deodara) · âge inconnu · Secheron
Un deuxième géant pousse à un jet de pierre du platane de Sécheron, et celui-ci est un conifère plutôt qu'un platane : un cèdre de l'Himalaya, originaire des hautes vallées du Cachemire et du Népal, amené dans les parcs européens au XIXe siècle parmi les conifères nouveaux et à la mode de l'époque. Le registre cantonal genevois lui donne 4,18 mètres de circonférence de tronc, 28 mètres de haut et un houppier de 23 mètres d'envergure, et juge sa santé bonne lors d'une visite de terrain en 2024, le relevé le plus frais de tous les arbres de cette liste.
Comme pour son voisin le platane, aucune source trouvée jusqu'ici ne fixe le parc exact. Les coordonnées sont précises, l'espace vert donnant sur l'avenue de France n'est pas nommé avec certitude, Sécheron, Mon Repos et la Perle du Lac bordant tous la même avenue, et les deux arbres se tiennent assez près l'un de l'autre, environ quatre-vingt-dix mètres, pour qu'un seul arrêt les couvre sans marcher ailleurs.
Le registre ne porte aucune date de plantation : l'âge de ce cèdre est donc simplement inconnu plutôt qu'estimé. Ce qui est mesuré l'est bien : une circonférence qu'il faudrait trois adultes pour encercler, sur une espèce capable de vivre des siècles dans de bonnes conditions. L'accès le plus proche est le même que pour le platane, à quelques minutes de la gare Cornavin ou de l'arrêt de Sécheron.
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Le Cèdre de l'Himalaya du Jardin botanique
Cèdre de l'Himalaya (Cedrus deodara) · environ 114 ans, planté en 1912 · Secheron
La croissance de ce cèdre et le terrain actuel du jardin ont presque exactement le même âge. Le Conservatoire et Jardin botaniques s'est installé sur son emplacement de l'avenue de la Paix en 1904 sous la direction de John Briquet, le jardin d'hiver et les aménagements paysagers étant construits au cours des années suivantes ; le registre cantonal date de son côté la plantation de ce cèdre de l'Himalaya de 1912, une année réellement relevée et non une valeur par défaut, en plein dans cette même fenêtre de construction.
Il est devenu l'un des plus grands sujets du jardin : cinq mètres de circonférence de tronc, 34 mètres de haut, un houppier de 25 mètres d'envergure, examiné en dernier lieu en août 2025 et en bonne santé. Cela lui fait environ un siècle, moins que le chêne du jardin tout proche, qui précède le jardin lui-même de près de deux siècles, mais assez pour avoir traversé les deux guerres mondiales et tout le développement moderne du jardin.
Un second cèdre de l'Himalaya, un peu plus petit et issu de la même plantation de 1912, se tient à environ deux cents mètres de là, examiné pour la dernière fois il y a plus de dix ans ; celui-ci est le plus frais et le plus grand des deux. Entrez par l'avenue de la Paix, l'arbre est à quelques pas de la grille.
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Le Cèdre de l'Atlas du parc La Grange
Cèdre de l'Atlas (Cedrus atlantica) · âge inconnu · Eaux-Vives
Le parc La Grange abrite deux cèdres énormes venus de deux massifs différents. L'un, près de la maison de maître, est un cèdre du Liban descendu de graines offertes en 1735. L'autre, plus de cinq mètres et demi de circonférence de tronc, est un cèdre de l'Atlas, originaire non du Levant mais des montagnes de l'Atlas au Maroc et en Algérie, et le registre cantonal genevois le juge en bonne santé, avec un houppier de 23 mètres d'envergure et 29 mètres de haut.
Cèdre du Liban et cèdre de l'Atlas se ressemblent assez au premier coup d'œil, tous deux larges et à cime aplatie, avec les mêmes aiguilles vert gris, pour que les distinguer demande un second regard sur les cônes plutôt qu'un coup d'œil à la silhouette.
Celui-ci n'a aucune date de plantation documentée, et la dernière visite de terrain du registre remonte à 2014, plus de dix ans maintenant, l'observation confirmée la plus ancienne de tous les arbres de cette liste. Il reste un sujet vraiment grand dans un parc bâti autour d'arbres vraiment grands, et vaut d'être retenu comme un second cèdre plutôt que comme une répétition de celui vers lequel on dirige la plupart des visiteurs. Il se tient ailleurs dans le même domaine, près de l'avenue Alice-et-William-Favre, à environ quinze minutes du centre-ville en bus ou en tram.
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