Six des dix arbres recensés de Strasbourg tiennent dans une boucle d'environ 1,2 kilomètre à travers la vieille ville et la Neustadt, une après-midi plutôt qu'une expédition. Parmi eux, un platane du Parc du Contades daté des années 1730, et un platane du quai de la Bruche que l'on dit planté en 1667, ce qui est impossible pour son espèce. Trois autres se dressent dans le Parc de l'Orangerie, dont un pin à la couronne en parasol et au tronc couvert de lierre, et une paire marque une ancienne grille à la Meinau.
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Photo : Daniel Cahen (CC BY)
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Les Ginkgos de la Place de la République
Ginkgo (Ginkgo biloba) · plus d'un siècle, plantés fin XIXe-début XXe · Neustadt
Deux ginkgos se font face de part et d'autre de la place de la République, chacun de plus de 470 centimètres de circonférence, et Strasbourg raconte comment ils sont arrivés là : un cadeau de l'empereur du Japon au Kaiser allemand. La presse locale ne peut dire lequel, Guillaume Ier ou Guillaume II, et aucun document n'a jamais été produit, si bien que ce cadeau appartient à la tradition orale de la ville plutôt qu'à ses archives. Le décor, lui, ne fait aucun doute. La place a été bâtie sous le nom de Kaiserplatz et achevée en 1887, cœur cérémoniel de la Neustadt, le nouveau quartier allemand tracé après l'annexion de l'Alsace en 1871. Les arbres ont été plantés entre cette date et le début du XXe siècle. Ils ont traversé le retour à la France en 1918, l'annexion allemande de 1940, la libération de 1944, et l'érection du monument aux morts au centre de la place, une mère tenant deux fils mourants, l'un en uniforme français, l'autre en uniforme allemand. En 2021, l'un des deux a atteint la finale de l'Arbre de l'année et ne l'a pas emporté, ce qui reste aussi la dernière confirmation datée que les deux sont vivants et en bonne santé. Personne n'a compté leurs cernes, leur âge se déduit donc de la place qui les entoure. Le ginkgo a la réputation de survivre à peu près à tout. Il convient à cette place mieux que ceux qui l'ont planté n'ont pu le deviner.
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Les Platanes de la Grille de l'Espion, à la Meinau
Platane commun (Platanus x acerifolia) · Meinau
L'espion de Napoléon a acheté une prairie ici en 1806 et l'a appelée Meine Aue, ma prairie. Le nom est resté attaché à tout le quartier, ce qui explique pourquoi un faubourg de Strasbourg s'appelle la Meinau. Charles-Louis Schulmeister, qui s'était introduit dans l'état-major autrichien pour lui fournir de fausses informations avant Austerlitz, fait construire un château sur ce terrain en 1807 et 1808. Deux platanes se dressaient à son entrée. Tout le reste a disparu. Schulmeister perd le domaine en 1836, ruiné. Le château devient une raffinerie de sucre puis est démoli en 1873, après que la ville a racheté le terrain. Le site ouvre comme parc public en 1934 et devient en 1971 les sept hectares actuels du parc Schulmeister. Les deux platanes sont ce qu'il reste de l'entrée, toujours debout côte à côte au même endroit. Aucune source ne dit s'ils datent de la plantation de Schulmeister ou d'un aménagement postérieur, la paire ne porte donc aucune date. Ce qui est documenté, c'est le lieu : le registre de la ville recense les arbres, et l'histoire du château est racontée de la même façon par les historiens locaux et par les archives du parc. C'est ici un déplacement plutôt qu'un arrêt, à 3,7 kilomètres au sud de la vieille ville, un trajet de tram. Venez pour l'histoire autant que pour les troncs, puis parcourez le parc, l'un des grands espaces verts les plus tranquilles de Strasbourg.
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Le Grand Platane du Parc du Contades
Platane commun (Platanus x acerifolia) · environ 290 ans · Neustadt, Parc du Contades
Le registre régional d'Alsace date ce platane des années 1730, ce qui le rendrait plus vieux que le parc où il se dresse. Le Parc du Contades a été aménagé à partir de 1764 comme promenade pour le maréchal de Contades, alors gouverneur militaire d'Alsace, et c'est le plus ancien parc public de Strasbourg. Si le registre a raison, l'arbre avait déjà trente ans quand les premières allées ont été tracées autour de lui. Cette date vient de la Collectivité européenne d'Alsace, un organisme entièrement distinct de la liste des arbres remarquables de la ville, ce qui lui donne du poids. Sa page n'a pas pu être lue directement, seulement via un extrait de recherche, mieux vaut donc considérer les années 1730 comme une hypothèse forte plutôt que comme un fait établi. La hauteur fait l'objet du désaccord habituel. La ville avance 40 mètres. D'autres relevés disent 43, un autre presque 45. Retenez 40 mètres et plus, et admettez que personne n'y est monté récemment avec un mètre ruban. Si la datation du registre est juste, cet arbre a traversé la création du parc autour de lui, la Révolution qui a transformé la promenade d'un maréchal en terrain public, l'annexion allemande de 1871 qui a construit la Neustadt juste à côté, et deux guerres durant lesquelles la ville a changé de main. Il se trouve au centre du parc et personne ne peut passer devant sans le remarquer.
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Le Platane de la Place du Marché aux Poissons
Platane commun (Platanus x acerifolia) · Grande Île (old town)
Un tronc de cinq mètres de tour, c'est la mesure d'un arbre de parc. Celui-ci se dresse sur du pavé, en plein cœur d'une ville médiévale, dans un coin de la place du Marché aux poissons, où l'on a vendu du poisson au bord de l'Ill pendant des siècles avant que le commerce ne passe à l'intérieur. La Grande Île est le cœur historique insulaire de Strasbourg, classée au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1988, premier centre-ville entier jamais inscrit. Presque rien ne pousse grand ici, car presque rien n'en a la place. Pavés, caves et fondations des maisons alentour ne laissent que très peu de terre, ce qui rend une circonférence de plus de 500 centimètres tout à fait remarquable pour cet arbre. Quelqu'un lui a fait de la place, et les administrations successives l'ont laissé tranquille. Le registre municipal est la seule source qui le décrit. Aucun journal ne lui a consacré d'article, aucune association ne l'a labellisé, il n'existe donc qu'une fiche municipale et une mesure, rien de plus. C'est une halte de cinq minutes plutôt qu'une destination. La cathédrale est à trois minutes à l'est, le quartier de la Petite France à environ dix minutes à l'ouest le long de l'eau, et la place elle-même a le musée historique d'un côté et la rivière de l'autre, ce qui en fait le rare arbre de vieille ville que l'on peut photographier avec autre chose qu'un mur en fond.
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Photo : Micha Baum (CC BY-SA)
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Le Vieux Platane du Quai de la Bruche
Platane commun (Platanus x acerifolia) · Petite France
Les cartes postales et les guides de voyage vous diront que ce platane a été planté en 1667. Ce n'est pas vrai, et la raison tient à la botanique plutôt qu'aux archives : le platane commun est un hybride du platane d'Orient et du platane d'Amérique, apparu en Europe seulement au XVIIIe siècle. En 1667, cette sorte d'arbre n'existait nulle part sur le continent. Quelque chose d'ancien se dressait pourtant ici. Le quai s'appelait le Wasserzoll jusqu'à la Révolution, du nom du péage fluvial perçu sur les marchandises entrant à Strasbourg par la rivière, et ce péage était perçu, selon les propres termes du registre, à l'ombre de l'arbre ancien encore debout à cet endroit. Une histoire locale du quai identifie cet arbre plus ancien comme un noyer immense, qui n'a pas survécu au terrible hiver de 1704 et a dû être abattu. Le platane, dit-elle, en est le successeur authentique. Voici donc la version honnête : un arbre ancien marquait ce coin de la Petite France dès les années 1660, et le platane actuel, environ 450 centimètres de circonférence et l'un des plus vieux arbres d'alignement de Strasbourg, en est très probablement le remplaçant plutôt que le survivant. Le registre de la ville lui-même reste prudent, disant seulement que c'est peut-être cet arbre-là. Il ombrage aujourd'hui une terrasse de café sur le quai, une rétrogradation par rapport à la perception de l'impôt, et une nette amélioration.
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Le Grand Hêtre du Parc de l'Orangerie
Hêtre commun (Fagus sylvatica) · Parc de l'Orangerie
Le plus ancien parc de Strasbourg est plein de hêtres, et le registre en distingue un : plus de quatre mètres de tour de tronc, avec une couronne que la ville qualifie d'exceptionnellement développée. Chez un hêtre, cette combinaison est rare. Un hêtre de forêt pousse haut et étroit, et ne s'étale ainsi que lorsqu'il a bénéficié d'un espace dégagé et d'une absence de concurrence pendant très longtemps. Le Parc de l'Orangerie lui a offert exactement cela. Le parc a été aménagé en 1692 pour le gouverneur d'Alsace, ce qui en fait l'un des plus anciens jardins publics français non royaux, et il a été redessiné en parc paysager à l'anglaise au XIXe siècle, au moment où la mode du jardinage est passée des allées d'arbres aux sujets isolés. Le pavillon en son centre porte le nom de l'impératrice Joséphine. Le même terrain accueille aujourd'hui un zoo, un lac, une colonie de cigognes et le plus bel espace vert de la ville. Aucun âge n'a été publié pour ce hêtre et aucun journaliste n'a écrit sur lui, ses dimensions sont donc tout ce qui a été consigné. Le hêtre commun a une écorce fine et lisse qui se grave facilement et garde ses cicatrices à jamais, ce qui explique pourquoi les vieux sujets des parcs fréquentés finissent couverts d'initiales. Regardez aussi vers le bas. Sur un hêtre de cette taille, les racines courent en surface comme des câbles.
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Le Hêtre Pourpre de la Place de l'Université
Hêtre pourpre (Fagus sylvatica f. purpurea) · Neustadt, University quarter
Les hêtres à feuilles pourpres sont une mutation que les jardiniers ont choisi de conserver. Le hêtre pourpre est la même espèce que le hêtre commun vert, qui produit parfois un semis dont les feuilles portent tant de pigment rouge que le vert du dessous se voit à peine, et les sujets européens descendent d'une poignée de tels accidents trouvés dans les forêts allemandes et suisses à partir du XVIIe siècle. Les pépinières les multiplient depuis pour un usage précis : un arbre sombre isolé sur une place civique d'apparat. Celui-ci mesure 26 mètres de haut, avec un tronc de plus de 330 centimètres de tour, l'un des plus grands sujets de la liste municipale. Il se dresse place de l'Université, devant le Palais universitaire, l'immense bâtiment néo-renaissance que l'administration allemande a fait construire dans les années 1880 en refondant l'université de Strasbourg comme vitrine de la science impériale. L'arbre appartient à ce projet, sur une place conçue comme son parvis. Depuis, l'université a été allemande, française, de nouveau allemande puis de nouveau française, entièrement évacuée à Clermont-Ferrand durant la Seconde Guerre mondiale, puis reconstituée. Le hêtre, lui, est resté. Aucun âge n'est consigné, et le registre municipal est la seule source qui le décrit. À la fin du printemps, les jeunes feuilles sont d'un rouge presque translucide avant de foncer. En plein été, la couronne est assez dense pour laisser le sol presque nu en dessous.
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Le Cèdre en Mémoire de Rabin
Cèdre de l'Atlas (Cedrus atlantica 'Glauca') · planté le 25 mai 1996 · Parc de l'Etoile
Cet arbre a un anniversaire : le 25 mai 1996. Strasbourg a planté ce jour-là un cèdre bleu de l'Atlas en mémoire d'Yitzhak Rabin, le Premier ministre israélien abattu six mois plus tôt par un opposant aux accords d'Oslo, à la fin d'un rassemblement pour la paix à Tel-Aviv. Les arbres anciens sont presque toujours datés par estimation. Celui-ci porte une date précise, ce qui en fait à la fois l'âge le plus facile à établir de toute la ville et l'entrée la plus jeune de cette liste : trente ans, planté par une municipalité qui voulait un objet vivant plutôt qu'une plaque. Cedrus atlantica vient des monts de l'Atlas, au Maroc et en Algérie, où il atteint 40 mètres. Le cultivar Glauca planté ici est sélectionné pour ses aiguilles d'un bleu-gris si prononcé qu'elles paraissent métalliques en lumière rasante, et il les garde toute l'année, si bien qu'il n'y a jamais de saison où cet arbre ne joue pas son unique tour visuel. Le registre municipal est la seule source qui consigne ce mémorial, mince pour un fait aussi précis, mais une plantation datée est le genre de chose qu'une municipalité conserve plutôt qu'elle n'invente. Il pousse dans l'enceinte du centre administratif de l'Eurométropole plutôt que dans un parc, ce qui rend un détail pratique important : le site suit les horaires du bâtiment, en semaine et le samedi matin. Venez un jour ouvré ; le cèdre est en extérieur et son accès est libre.
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Le Thuya Marcottant du Parc de l'Orangerie
Thuya géant (Thuja plicata) · Parc de l'Orangerie
Cet arbre se recopie tranquillement lui-même. Ses branches les plus basses se sont couchées au sol, ont pris racine là où elles le touchent et envoyé de nouvelles tiges vers le haut, un procédé appelé marcottage qui transforme un seul tronc en une petite colonie sur quelques décennies. C'est le même tour qui maintient certains ifs anciens en vie indéfiniment, et il est rare d'en voir dans un parc public, car les branches basses sont d'ordinaire la première chose qu'une équipe d'entretien retire. Thuja plicata vient du nord-ouest Pacifique, la bande de forêt pluviale qui court du nord de la Californie jusqu'à l'Alaska, où il atteint 60 mètres et où les peuples côtiers en tiraient des canoës, des maisons longues et des vêtements tissés en écorce. Presque tous les sujets d'Europe ont été plantés, la plupart en haies, ce qui rend un spécimen adulte faisant ce que l'espèce fait à l'état sauvage digne des quelques minutes supplémentaires dans le Parc de l'Orangerie. Froissez un brin de feuillage entre vos doigts en passant. Le thuya géant sent fortement l'ananas, et contrairement à la plupart des parfums de conifères, l'odeur reste sur les mains. Aucun âge n'est consigné et le registre municipal est la seule source qui le décrit, le marcottage et les dimensions sont donc tout ce qu'il y a. Le grand hêtre du même parc se trouve à quelques minutes, ce qui fait de la paire une courte promenade plutôt que deux sorties séparées.
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Le Pin Parasol du Parc de l'Orangerie
Pin sylvestre (Pinus sylvestris) · Parc de l'Orangerie
Le registre de Strasbourg distingue ce pin pour trois raisons, dont le lierre qui grimpe sur son tronc. Les deux autres tiennent à sa forme : une couronne aplatie en parasol, et un fût que le registre qualifie de tortueux, notablement haut et notablement épais. C'est globalement ce que devient un pin sylvestre avec le temps, perdant ses branches basses et étalant ce qu'il lui reste au sommet, jusqu'à ce qu'un tronc nu et tordu soutienne un plafond vert aplati. Le lierre n'est pas le problème que l'on croit. C'est une plante grimpante et non un parasite, enracinée au sol et n'utilisant le tronc que pour atteindre la lumière. Pinus sylvestris a l'aire de répartition naturelle la plus vaste de tous les pins au monde, de l'Espagne jusqu'à l'est de la Sibérie, et la fiche espèce de la ville indique qu'il atteint trente mètres et peut vivre cinq à six siècles. Elle ne dit rien de ce qu'a accompli ce sujet en particulier, et rien d'autre trouvé non plus : le registre est la seule source qui le décrit, comme pour le grand hêtre et le thuya marcottant du même parc. Ces deux-là se trouvent à quelques minutes, ce qui fait de celui-ci le troisième arbre recensé d'une même courte promenade. Le Parc de l'Orangerie est un jardin depuis 1692, ce qui explique que des arbres de cette taille se dressent près du centre d'une ville.
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