Bordeaux ne réunit pas ses plus beaux arbres au même endroit, d'où quatre courtes balades plutôt qu'un seul itinéraire. Un pacanier et un ginkgo partagent une pelouse du Jardin Public. Trois autres poussent à moins de 150 mètres les uns des autres au Parc Bordelais, dont un robinier aux mesures déroutantes. À Chantegrillon se dresse un peuplier noir de 741 centimètres de tour, labellisé arbre remarquable de France en 2012. La dernière est la plus lointaine, à Mérignac : le parc de Bourran, domaine viticole devenu parc public, avec un séquoia géant et un cèdre de l'Himalaya de 32 mètres.
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Peuplier noir (Populus nigra) · Bastide-Bordeaux Maritime
Aucun arbre du registre bordelais n'a un tour de taille pareil : 741 centimètres de circonférence, trois troncs soudés près du sol en quelque chose qui tient davantage de la sculpture que du bois. Il fait partie des sept arbres de la ville à porter le label Arbre Remarquable de France, décerné par l'association A.R.B.R.E.S. en 2012, et il le porte dans un petit jardin municipal de la rive droite plutôt que dans l'un des grands parcs bordelais. Les deux descriptions officielles ne s'accordent pas sur ses dimensions. Le registre des arbres de la métropole note 19 mètres de hauteur et un diamètre de tronc de 236 centimètres. Le magazine de la ville en fait le recordman du jardin, avec 31 mètres et un tronc principal de 320 centimètres. Les deux chiffres sont publiés, et l'écart tient sans doute à l'endroit où le mètre est passé autour de cette base soudée. Aucune des deux sources ne donne d'âge. Le peuplier noir est une espèce de bord de rivière, et Bordeaux une ville de bord de rivière. Il pousse vite, casse facilement dans les tempêtes et atteint rarement cette taille dans un parc, ce qui explique l'essentiel de sa place en tête de la liste. L'écorce et les feuilles ont longtemps bouilli dans la médecine populaire française contre les rhumatismes. L'arbre est aussi classé au plan d'urbanisme de la ville : le sol autour de lui ne peut pas être bâti. Allez regarder la base. C'est là que tout se joue.
Pacanier (Carya illinoinensis) · Hypercentre / Chartrons edge, Jardin Public
Le plus haut arbre du Jardin Public de Bordeaux est un arbre à noix américain. Avec ses 38 mètres, le pacanier dépasse tout ce qui pousse autour de lui, et ce chiffre est l'un des rares cas où le registre de la ville et le magazine municipal donnent exactement le même nombre plutôt que deux mesures prises à dix ans d'écart. Le pacanier vient des fonds de vallée du Texas, de Louisiane et du Mississippi, où il lui faut de longs étés chauds pour remplir ses noix. Bordeaux, chaude et atlantique, est à peu près la limite de ce que l'espèce atteint dans un jardin public européen sans finir en verger. C'est l'un des sept arbres bordelais à porter le label A.R.B.R.E.S. de 2012, qui est le jugement d'une association nationale et non celui de la municipalité. Les chiffres du tronc flottent un peu d'une source à l'autre, 421 centimètres de tour dans le registre contre une fourchette de 358 à 420 sur la page de la ville, dérive ordinaire d'un même arbre mesuré deux fois par des personnes différentes. Aucun âge n'a jamais été publié. Le Jardin Public a été dessiné dans les années 1740 comme promenade pour une ville enrichie par le vin et le commerce colonial, puis refait un siècle plus tard en parc à l'anglaise. Le pacanier a au mieux l'âge de cette deuxième version du jardin, et probablement moins. Il pousse sur la pelouse centrale, à quelques pas du ginkgo.
Chicot du Canada (Gymnocladus dioica) · 130 ans · Caudéran-Saint Augustin, Parc Bordelais
Cet arbre s'appelle chicot en français, comme un reste de dent, parce que sa silhouette d'hiver est si nue et si peu ramifiée que les gens le croient mort. Il ne l'est pas. La ville lui donne plus de 130 ans et le fait remonter à la création du Parc Bordelais, ouvert en 1888, ce qui en fait l'une des choses les plus anciennes d'un parc construit pour offrir une promenade à un faubourg ouest en pleine croissance. Le chicot du Canada est une vraie rareté en France. Le genre ne compte que deux espèces au monde, celle-ci et une cousine chinoise, et il survit surtout parce que des gens l'ont planté. Les colons d'Amérique du Nord grillaient ses graines en succédané de café, d'où son nom anglais, et la recette ne mérite pas d'être reprise : graines et gousses crues sont toxiques. Le bois partait en piquets de clôture et en traverses de chemin de fer. Celui-ci se regarde à distance. Des cavités dans le tronc ont conduit la ville à installer un périmètre autour de lui et à l'élaguer régulièrement pour alléger les branches, et le registre note sa vigueur comme faible, ce qui, pour un arbre de cet âge sous surveillance, décrit les soins plutôt qu'une fin. Il mesure 292 centimètres de tour et 14 mètres de haut, modeste à côté des grands platanes du parc. Tout l'intérêt de celui-ci tient à sa présence même.
Magnolia à grandes fleurs (Magnolia grandiflora) · 100 ans · Hypercentre Métropolitain
Quand Bordeaux a refait sa place la plus fréquentée en 2021, le projet a ajouté plus de cinquante arbres autour de ceux qui étaient déjà là. Ce magnolia est l'un des deux sujets nommés individuellement dans le plan de sauvegarde du centre historique, le document qui décide de ce à quoi on ne touche pas dans la vieille ville. La presse locale et la plateforme de concertation de la métropole décrivent toutes deux les magnolias de la place comme centenaires. C'est une description et non une mesure, donc lisez cet âge comme l'estimation du quartier et non comme un comptage de cernes. Ce qui a été mesuré : 358 centimètres de circonférence et 17 mètres de hauteur, grand pour un magnolia à grandes fleurs et très grand pour un arbre poussant dans du pavé. Magnolia grandiflora vient du sud-est des États-Unis et a gagné les jardins français au XVIIIe siècle, où les hivers doux et atlantiques de Bordeaux lui ont convenu tout de suite. Il garde ses feuilles toute l'année, épaisses et vernies, doublées d'un feutre roux, et fleurit en mai et juin de corolles blanc crème larges comme une assiette, dont le parfum de citron porte à plusieurs mètres. La place Gambetta a été circulation, puis chantier, puis place piétonne en l'espace d'une décennie. Elle est aussi l'un des points les plus traversés de Bordeaux depuis bien plus longtemps. Le magnolia est l'élément qui est simplement resté là.
Couleurs d'automneCollectionné Ginkgo (Ginkgo biloba) · Hypercentre / Jardin Public
Le ginkgo s'appelle en français l'arbre aux quarante écus, d'après un collectionneur montpelliérain du XVIIIe siècle qui aurait payé quarante écus un seul jeune plant, à l'époque où l'espèce venait d'arriver de Chine en Europe via les Pays-Bas et l'Angleterre. À ce prix, c'était moins un arbre qu'un objet de prestige. Celui-ci fait aujourd'hui 27 mètres de haut, 27 mètres de houppier et 405 centimètres de tour de tronc, autant qu'aucun autre ginkgo du registre bordelais. Il est protégé deux fois, comme arbre remarquable et au titre du plan d'urbanisme. Ginkgo biloba est le dernier survivant d'une famille de plantes plus ancienne que les plantes à fleurs et que le moindre oiseau. Tous les sujets d'Europe descendent d'arbres maintenus en vie dans des enceintes de temples chinois longtemps après la disparition de l'espèce à l'état sauvage. Aucun âge n'est publié pour celui-ci, et personne n'a noté s'il était mâle ou femelle, ce qui compte plus qu'il n'y paraît : les pieds femelles laissent tomber une graine charnue dont l'odeur évoque quelque chose de mort. Un blogueur bordelais écrit presque chaque automne sur le tapis d'or sous un ginkgo de ce jardin. Ce billet ne donne aucune coordonnée, donc lisez-le comme l'espèce faisant ce qu'elle fait ici plutôt que comme une preuve sur ce tronc précis. L'or est réel dans les deux cas, et il dure environ une semaine.
Séquoia toujours vert (Sequoia sempervirens) · Bastide-Bordeaux Maritime
Deux séquoias toujours verts se dressent à une dizaine de mètres l'un de l'autre dans un petit jardin de la rive droite bordelaise, l'un mesurant 393 centimètres de tour et l'autre 390. La taille presque identique et l'espacement disent qu'ils sont entrés en terre ensemble, plantés en couple délibéré selon toute vraisemblance. Le registre de la ville les compte comme deux entrées alors qu'un visiteur ne voit qu'une seule chose. Sequoia sempervirens pousse sur une bande étroite de la côte californienne et du sud de l'Oregon, où le brouillard d'été venu du Pacifique fait la moitié de l'arrosage. Bordeaux, non. L'espèce a été plantée partout en Europe et boude le plus souvent, si bien qu'une paire assortie atteignant cette circonférence dans une ville française atlantique est la vraie curiosité. Aucune source ne donne d'âge, pour l'un comme pour l'autre. Ils poussent au parc Chantegrillon, le même petit parc qui abrite l'arbre le plus épais du registre bordelais, un peuplier noir de 741 centimètres à la base. Deux des sujets les plus étranges de la ville dans un seul jardin municipal ne doit rien au hasard : quelqu'un a choisi ce terrain pour exactement ce genre de plantation, et tout le site est aujourd'hui classé au plan d'urbanisme. Hors registre, personne n'a écrit sur ces deux-là individuellement, donc les mesures de la ville sont tout ce qui existe. Placez-vous entre eux et levez la tête. L'écorce trahit l'espèce, molle, fibreuse, rouge profond là où la lumière la prend.
Couleurs d'automneCollectionné Zelkova du Caucase (Zelkova carpinifolia) · Caudéran-Saint Augustin, Parc Bordelais
Le registre bordelais range cet arbre sous le nom de faux orme de Sibérie, ce qui se trompe de géographie d'environ trois mille kilomètres. Zelkova carpinifolia vient du Caucase et du nord de l'Iran, et a gagné la France à la fin du XVIIIe siècle après que le botaniste André Michaux eut vu l'espèce près de la mer Caspienne. Un arbre issu de cette introduction, planté en 1786, se dresse toujours au Jardin des Plantes à Paris. Celui-ci pousse au bord du lac du Parc Bordelais, 371 centimètres de tour et 23 mètres de haut. Le zelkova du Caucase a une silhouette qui ne ressemble à rien d'autre dans un parc français : un tronc court qui éclate en une gerbe dense de branches presque verticales, si bien que l'arbre entier se lit comme un immense balai retourné. Les vieux sujets bordelais étaient souvent greffés sur porte-greffe d'orme, et sur certains le point de greffe reste visible comme un changement d'écorce près du sol, à regarder pendant que vous y êtes. Le registre note sa vigueur comme faible. C'est bon à savoir plutôt qu'inquiétant, car l'espèce se moque de la graphiose qui a effacé les vrais ormes de ces parcs, et peut porter des branches déclinantes pendant des décennies. Aucun journal n'a jamais consacré d'article à cet arbre précis : les mesures sont celles de la ville et le reste est ce que fait l'espèce. Le parc a reçu le label Jardin Remarquable du ministère de la Culture en 2011.
Robinier faux-acacia (Robinia pseudoacacia) · Caudéran-Saint Augustin, Parc Bordelais
Le registre note ce robinier à 412 centimètres de tour et trois mètres de haut. Relisez. Il est plus épais que chacun des deux séquoias de l'autre bout de la ville et à peine plus haut qu'une fenêtre du premier étage, et les deux chiffres sont cohérents entre eux, puisque le diamètre de tronc relevé, 131 centimètres, correspond à la circonférence. Ce n'est pas une virgule qui a glissé dans un champ. C'est le profil d'un arbre têtard taillé sévèrement, ou cassé par une tempête, ou recépé et laissé rejeter. Laquelle des trois, personne ne l'a écrit. Aucun article de presse ne l'explique et aucune photographie publiée ne trancherait la question en une seconde, si bien que cette entrée décrit une forme plutôt qu'un houppier : un tronc très large et très bas au milieu du Parc Bordelais, vigueur notée faible, toujours officiellement inscrit parmi les arbres remarquables de Bordeaux. L'espèce a une longue histoire française. Robinia pseudoacacia est arrivé d'Amérique du Nord en 1601 avec Jean Robin, jardinier d'Henri IV, et le genre porte son nom. L'arbre qu'il a planté vit toujours à Paris. Le robinier repart aussi férocement de souche coupée, ce qui est exactement la manière dont un tronc aussi large peut survivre à son propre houppier. Quoi qu'il se soit passé ici, la base y a résisté.
Séquoia géant (Sequoiadendron giganteum) · Merignac, about 5 km west of central Bordeaux
Un séquoia géant de Californie au tronc proche de six mètres de tour pousse dans ce qui fut un domaine viticole bordelais. Le registre métropolitain le mesure à 597 centimètres et 24 mètres de haut, ce qui en fait le tronc le plus lourd de cette page après le peuplier de Chante-Grillon.
Le terrain explique l'arbre. Le parc de Bourran était un vignoble appartenant à des familles parlementaires bordelaises, et il a été acheté en 1768 par François-Armand de Saige, négociant en vin assez riche pour contrôler toute la chaîne, du raisin à l'expédition, et maire de Bordeaux en 1791. En 1775, il a fait creuser ici une glacière dans le calcaire, décrite à l'époque comme la plus grande de France, et ses caves voûtées sont toujours sous la pelouse. Le parc que l'on traverse aujourd'hui a été dessiné plus tard par le paysagiste Louis Le Breton, et l'ensemble, parc et château, a été classé monument historique en 1992.
Sequoiadendron n'a atteint l'Europe que dans les années 1850 : aussi grand qu'il paraisse, celui-ci ne peut pas être plus ancien, et personne n'a publié de date de plantation. Le registre note sa taille et ne dit rien de son âge, et cette page non plus.
Le parc appartient à la ville de Mérignac et l'entrée est libre.
Cèdre de l'Himalaya (Cedrus deodara) · Merignac, about 5 km west of central Bordeaux
Avec ses 32 mètres, ce déodar est le plus haut arbre que le registre bordelais recense au parc de Bourran, et son houppier s'étale sur vingt mètres. Le tronc mesure 534 centimètres de tour.
Cedrus deodara vient de l'ouest de l'Himalaya, où il est l'arbre à bois des hautes vallées, et il a gagné les jardins européens dans les années 1830. Les paysagistes du XIXe siècle s'en servaient exactement comme ici : un seul conifère énorme, placé là où sa silhouette se lit de loin, à travers un espace ouvert. Le parc a été dessiné par Louis Le Breton sur les restes d'un domaine viticole, et ses plantations forment un catalogue de ce qu'un riche jardin du XIXe siècle pouvait se procurer, avec un séquoia géant, un séquoia toujours vert, un métaséquoia et un cyprès chauve à quelques centaines de mètres de ce cèdre.
Le registre ne lui donne aucun âge et aucune date de plantation n'existe, donc cette page n'en propose pas. Ce que l'on peut dire, c'est que le dessin du parc et ses conifères exotiques appartiennent à la même période, et que le déodar est le plus grand d'entre eux.
Le parc et le château ont été classés monuments historiques en 1992. Le parc est gratuit et appartient à Mérignac.